Je ne pensais pas vivre aussi longtemps
"Vieillir pour deux"
J’avais 20 ans. L’âge où la vie claque fort, comme une vague pleine d’ivresse, d’élan, de projets qui n’ont pas encore de ride.
Et ce jour-là, tout s’est arrêté.
Il y a eu l’accident.
Et avec lui, l’irreversible.
Pierre est parti.
Je suis restée.
Je ne pensais pas vivre si longtemps. À vrai dire, je ne savais même pas si je voulais.
Quand on perd quelqu’un à qui l’on tenait si fort, on perd aussi une version de soi — celle qui riait insouciante, celle qui croyait qu’il y aurait toujours un lendemain.
Les années ont passé. Parfois, je les ai traversées comme une funambule sur le fil du chagrin.
Mais j’ai tenu debout.
Je ne sais pas exactement pourquoi. Peut-être parce que vieillir, malgré tout, c’est aussi une forme de résistance.
Un acte d’amour.
Une manière de dire : je continue pour toi, Pierre. Tu es tombé dans la lumière, moi je marche encore dans ses reflets.
Je vois aujourd’hui les rides se dessiner sur mon visage comme des lignes de vie.
Je n’ai pas toujours aimé ces marques.
Mais je les accepte désormais.
Elles racontent que j’ai pleuré, ri, aimé, douté, perdu, guéri, et que malgré tout, je suis toujours là.
Vieillir n’est pas une chute, c’est une traversée.
Ce n’est pas la fin, c’est un autre commencement.
Il y a une force insoupçonnée dans le fait d’avancer en portant l’absence.
On apprend à parler aux silences, à sourire aux souvenirs, à offrir aux vivants ce que l’on n’a pas pu offrir aux absents.
Alors, si tu lis ces lignes et que toi aussi tu portes une absence comme une étoile cassée dans le cœur, souviens-toi :
Tu n’es pas seul.
Et ton chemin a un sens, même dans l’ombre.
Vieillir, c’est aussi témoigner.
Et chaque jour de plus est une offrande, une victoire douce, une preuve que l’amour survit à tout, même à la mort.
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